Laurent Loison

Chargé de recherche au CNRS, Historien et philosophe des sciences de la vie, IHPST (UMR 8590, Paris-1 Panthéon-Sorbonne, CNRS)

Thèse

Titre  : Les notions de plasticité et d'hérédité chez les néolamarckiens français (1879 - 1946), Eléments pour une histoire du transformisme en France

Descriptif général

Durant la période de crise de l'explication darwinienne de l'évolution (1880-1940), la biologie française fut dominée par un courant néolamarckien, qui voyait dans l'hérédité des caractères acquis le moteur principal de la transformation des espèces. Bien que particulièrement bien implanté et développé en France, le néolamarckisme connut également un certain succès dans la plupart des pays d'Europe, ainsi qu'aux Etats-Unis. Ce qui distingue le cas français, en premier lieu, c'est l'exceptionnel succès que rencontra cette forme théorique, qui ne fut pas simplement l'explication dominante durant cette période, mais en fait l'explication quasi exclusive. Ceci conduisit la biologie française à repousser successivement le néodarwinisme de Weismann, la génétique mendélienne puis la génétique chromosomique, et enfin la théorie synthétique de l'évolution.

Ce travail est développé selon quatre axes principaux de recherche :

1. D'un point de vue épistémologique, il vise à la compréhension de la structure de l'explication néolamarckienne. S'il est souvent fait état de l'hérédité des caractères acquis pour la caractériser, il est possible de mieux la définir en renversant les termes de cette proposition. Ce qui a fait problème, en priorité, pour les biologistes français de cette période, fut moins la continuation héréditaire d'une modification induite que les modalités de cette variation à l'échelle de l'organisme individuel (l' « acquisition » de caractères nouveaux plus que leur hérédité potentielle). Voilà pourquoi la première partie de la thèse est consacrée à l'étude de la notion de plasticité, c'est-à-dire la capacité de la substance vivante – le protoplasme – de se conformer aux exigences du milieu.

2. Cette reformulation épistémologique doit permettre d'éclairer différemment l'histoire de ce moment, plus particulièrement sa phase de constitution (1880-1900), présentée à l'époque comme la première tentative d'établir un « transformisme expérimental ». En effet, ces biologistes cherchèrent inlassablement dans les variations des paramètres physico-chimiques du milieu abiotique les « conditions déterminantes » de la transformation des organismes. L'expérimentation devait permettre d'attester la plasticité intrinsèque du vivant, et ainsi apporter sa caution aux thèses néolamarckiennes face aux spéculations défendues par les néodarwiniens.

3. Si cette reformulation aboutit effectivement à une meilleure caractérisation de ce que fut l'histoire du néolamarckisme, ceci doit ensuite aider à en comprendre les origines. Quelle régression est-il nécessaire d'effectuer pour saisir le passé de ce qui s'est voulu une science de l'évolution ? Il ne s'agit pas là que d'une question de chronologie (jusqu'à quand régresser ?), mais aussi, et surtout, d'une question de champ disciplinaire (vers où régresser ?). La volonté constante de mettre à jour le déterminisme des variations, et donc finalement le déterminisme de l'évolution tout entière, indique déjà que ces biologistes ont voulu produire un transformisme expérimental analogue à la physiologie expérimentale bernardienne. Cette hypothèse est un des axes majeurs travaillés au cours du mémoire.

4. La réponse à cette interrogation conditionne, finalement, le jugement que l'on peut porter sur le néolamarckisme français : s'agit-il d'un simple découpage territorial d'un mouvement homogène plus vaste, ou d'un moment propre à l'histoire de la biologie française ? Quel fut son degré de spécificité ? Et, le cas échéant, ceci permet-il d'aider à la compréhension du rejet massif, par la biologie française, des théories génétiques et de l'exceptionnelle durée de ce courant ? L'inspiration physiologique et bernardienne affirmée de ce néolamarckisme montre qu'il s'agissait effectivement d'une conception spécifiquement « française » de l'évolution des espèces. Conception très différente à la fois d'autres néolamarckismes contemporains (comme celui développé par l'école paléontologique américaine), et du néolamarckisme vitaliste qui s'imposa en France à partir des années 1940.

Contact : laurentloison@yahoo.fr

Dernière mise à jour : Mars 2017